Elle est rance, cette vie féconde qui n’attend que de se relever de tant de puissance humaine. Comment fait-elle pour retomber toujours sur son herbe si verte et encore fraîche malgré le désherbant d’hommes masqués à tête de mort ? Elle ne rompt jamais ; elle faiblit, certes, mais ne pose aucune racine dans le bain d’huile que le criminel dépose au pied de la montagne.

J’ai honte d’être cette frite qui se laisse dorer par la majorité bien-pensante, mais que puis-je faire ? J’ai les germes à terre. Je suis ce bâtonnet de pomme de terre croustillant à souhait qui colle à ses congénères car mal rincé avant la cuisson.

Je me suis réveillé pour ne plus jamais vivre, je préfère encore disparaître et puis m’en foutre.

Il faut un kilo de patates pour faire 900 g de frites — vous en doutez, et vous avez bien raison. La peau d’un kilo de pommes de terre fait-elle vraiment 100 g ? Personne ne le sait, car qui d’entre nous a vérifié cette information ? Qui ? On nous fait bouffer des salades sans vinaigre et on dit merci Seigneur pour votre générosité.

J’ai pris la décision de m’en foutre, car je n’aime pas les crudités sans une sauce vinaigrette à l’huile d’olive, précisément. Je souhaite connaître le goût des aliments et savoir parfaitement ce que je mange.

Ce n’est pas un concombre ou une mimolette qui va me dire quoi faire : je ne les apprécie que coupés en rondelles et en cubes, respectivement. Pas de fruits, pas de légumes, s’ils ne sont pas proprement pressés dans mon bol.

Alors, quand ce panier fleuri de noir et de blanc va-t-il reprendre des couleurs arc-en-ciel et s’unir contre les fourchettes et les couteaux ? Les bouches et les langues vont-elles continuer à connaître le goût amer de la décomposition et de la pourriture ?

Vous m’avez bien compris, je pense, vous savez ce que je déguste dans cette mare de maux. Il faut de tout pour faire la nature, mais en prenant soin de brûler les ordures.