J’écoute une musique douce qui m’enivre, pour la rédaction d’un texte à la crème fraîche parfumé d’un soupçon d’acide pour conserver le piquant de la rubrique. Il ne faut pas que je m’égare : ma chronique est moins vulgaire, certes, mais reste corrosive. Je souhaite attaquer, pour la trente-deuxième fois, les donneurs de leçons sans ambition qui confondent la prétention et la complaisance vaniteuse avec la passion du travail bien fait.

Aimer son art pour le rendre beau n’est pas une simple affaire ; pour y arriver, il faut frôler la ligne rouge, se donner à fond, travailler sans cesse, tous les jours, sans baisser les bras ni compter les heures. Je suis prêt à mourir de fatigue pour terminer un projet qui me tient à cœur. Je danse en effet avec le feu et l’excitation extrême. Ce n’est pas un fainéant, plaintif, râleur, fébrile, jaloux et perdant qui me fera un cours sur la procédure ou la conduite à tenir pour mener à bien un combat avec moi-même afin de réaliser un rêve. Je me tordrais de douleur pour commencer, continuer et terminer ma vie d’artiste.

La rigueur est un maître mot dans toute création et entreprise : un nom féminin qui demande des exigences, des compromis, voire des sacrifices qu’un misérable individu sans courage ne peut connaître ni comprendre. Je n’abandonnerai jamais une œuvre, même ridicule pour les détracteurs qui critiquent sans efficience et qui ne connaissent ni ne maîtrisent leur sujet. D’ailleurs, bien souvent, ces adversaires stupides ne réalisent jamais qu’ils ne sont pas des piques, mais des javelots en plastique pour nous, les passionnés, les chevronnés.

Alors, pourquoi m’intéresser à cette espèce en voie de pullulation ? C’est simple : je peux souvent les apprécier, car ils ne sont pas forcément mes ennemis. Il faut refaire leur éducation sociale, car ils ne se rendent pas compte du mal qu’ils peuvent faire à autrui, surtout aux créateurs sensibles qui peuvent éclater tel du verre à la moindre réaction négative. Personnellement, ces macérations de donneurs de leçons me font bien rire, pour enfin me mettre dans une colère atomique. Ils s’en prennent aux plus faibles uniquement et fuient la difficulté dans un débat caustique quand ils ont un rebelle en face d’eux. Je leur écris donc cette lettre, puisqu’ils n’ont pas l’audace de s’en prendre plein la gueule à leur tour de vive voix…

Ces êtres faibles qui ne se prennent pas au sérieux resteront des moins que rien. « Quoi de plus sérieux que le travail ? » leur réponds-je avant même qu’ils m’ordonnent de redescendre sur terre. Je suis un doux rêveur et je vole au-dessus des cimes de leurs montagnes avec mes rêves pour goûter le sang et le miel de la vie — mais surtout, je les emmerde !