Le Ni-Ni ou l’art politique de manipuler — pardon, de retourner — une certaine neutralité contre un parti qui va à l’encontre de ses idées. Par définition, je ne trouve pas que le ni-ni soit neutre, bien au contraire : il prend position.

Pour les politiciens, le ni-ni c’est du caramel en barre. Donner des consignes de vote ou n’en donner aucune, c’est choisir un camp, car ils savent très bien qui ils souhaitent voir à la présidence pour se frotter les mains au moment de distribuer les ministères et de former le gouvernement.

Être ni-ni en tant qu’électeur, dans le camp des détracteurs, c’est une faiblesse : celle de donner du pouvoir, des points à l’extrême droite ou carrément d’être complice, voire fasciste — je l’ai déjà entendu. Dans le camp des adeptes, c’est une façon de ne pas donner son vote à des opinions contraires à leurs valeurs et de refuser d’arbitrer entre des partis qu’ils mettent dans le même panier. La peste et le choléra…

Voilà, c’est fait, je me suis mis tous les camps à dos, bienvenue sur Psychothèque.

Je ne suis pas ni-ni, je suis ni-ni-ni-ni

Je suis donc pire : je boycotte fermement l’élection présidentielle de 2027 ouvertement, je ne vote pas, et j’emmerde la République française, mais je prends quand même position, car vive la France et vive le Peuple des oubliés.

Je déteste le théâtre, mais également le théâtre politique. Contrairement au cinéma, ça surjoue, et les envolées lyriques avec toute la gestuelle qui va avec, j’ai plutôt l’impression d’assister en direct live à une crise d’épilepsie qu’à un meeting politique, où la seule dialectique est de prouver que le camp adverse est incompétent et dangereux, voire pire.

L’extrême gauche : « C’est moi qui suis le meilleur, je vous le dis ! Je ferai mieux qu’eux ! »

L’extrême droite ? « Vous n’avez pas encore essayé, offrez-nous une chance ! »

La droite et la gauche, les joyeux ni-ni ! « Ni-ni ! »

Le centre ? Il existe ?

Quelle bande de mendiants, ils me dégoûtent tous. Mais si le dégoût est général, ma seule vraie haine est réservée à l’extrême droite et aux fascistes. Ce n’est absolument pas envers les électeurs que j’en ai — je les comprends, choisir un camp est une aventure difficile qui frôle quasiment le romanesque —, mais envers ces politiciens qui ne valent pas mieux les uns que les autres.

Quand les médias s’en mêlent, c’est encore mieux : ce n’est plus du théâtre ou du cinéma d’aujourd’hui, c’est un véritable péplum. En écoutant la radio ou en regardant le carré bleu, on changerait de camp toutes les six minutes. Zapper avec sa télécommande équivaudrait à voter toutes les six secondes, et ce, six fois par jour. Non, merci, j’ai choisi d’être indépendant.

Je ne suis ni politologue ni expert du sérail, mais je pratique le je-m’en-foutisme partiel. C’est-à-dire que je m’en bats qu’une seule couille à la fois et en alternance. Non, je ne suis pas une girouette ou un opportuniste, j’ai dit que je m’en battais les couilles partiellement.

Après le Ni-Ni, on essaie de me vendre le Si-Si. Enfin si : car si l’extrême droite passe au pouvoir, que l’on ne vienne pas me faire chier avec le fait que c’est à cause de moi et des abstentionnistes, je répondrai par la scie sauteuse ; et si l’extrême gauche prend les commandes du pays, je prévois également un effondrement maximum, car plus mégalo tu meurs. Franchement, je ne crois plus aux projets miraculeux, c’est de la pulp fiction. Comment redresser un pays avec les têtes d’affiche, les seconds rôles et la figuration du centre ? Qu’ils soient au moins honnêtes : on ne redresse pas un pays défiguré, détruit, avec un seul ou deux mandats. Où est l’espoir dans tout ça ? Je suis plutôt agacé par tant de promesses.

Le premier candidat à l’élection présidentielle de 2027 qui dira que le pays est dans la merde et qu’il va le rester encore 30 ans, mais que l’on peut quand même faire le minimum vital, je vote pour lui.

Non, j’ai menti…

Ma colère étant passée, et suite à un signe extraterrestre du 30 Aout 2026 je voterai en 2027