22 février 2013. Mon état est stabilisé, je n’ai plus rien à foutre dans les murs de cet hôpital psychiatrique. Cependant, mon psychiatre souhaite me garder afin de ne pas détruire le travail psychothérapeutique et social. À ce stade, je sens bien que mon hospitalisation, qui devait durer seulement quelques jours, risque de se prolonger.

Le problème qui se pose, c’est que je suis sans-abri. Je me suis fait expulser, après avoir détruit mon mini-loft meublé suite à une crise démentielle, par mon propriétaire et patron Martial. D’où mon hospitalisation d’office en hôpital psychiatrique. Ce n’était ni une phase maniaque ni une phase dépressive, mais une phase volcanique suivie d’un burn-out.

Mon psychiatre est vraiment sympa de décider de la prolongation de mon séjour, car je dois l’admettre : je profite bien du gîte et du couvert, et je suis également blanchi. Je bénéficie même d’une assistante sociale pour faire les démarches administratives à ma place : RSA, CMU, trouver une chambre d’hôtel, la curatelle (je suis un vrai flambeur). Voilà ce que je suis devenu : un assisté. Je reconnais que j’apprécie beaucoup les aides diverses que l’on met à ma disposition, je me laisse bercer par la facilité. Une seule chose : je n’ai pas le droit à l’erreur, car à la moindre connerie, trafic de cannabis ou même juste consommation de shit à l’hôpital, c’est la sortie disciplinaire, vu que mon état mental est revenu à la normale.

D’ailleurs, beaucoup de sans-abri profitent de ce luxe. Ceux qui se font hospitaliser pour une très forte phase maniaque sont les vrais bipolaires, les purs et durs. Pour ces derniers, c’est la chambre d’isolement ou le secteur fermé, la merde quoi. Julien vient de sortir du secteur fermé, il s’est fait arrêter par la police pour une histoire de taxi impayé. Il n’a frappé personne, mais quand on est listé chez les fous…

J’ai de la chance, je ne me suis jamais fait hospitaliser pour phase maniaque extrême, mais uniquement pour phase dépressive. J’appelle mes phases maniaques l’état de surpuissance — je les adore — et mes phases dépressives, le déclin. En ce moment, je suis normal, avec les émotions en moins.