L’esprit vidé par une journée difficile remplie d’angoisses et d’idées noires, je vais noircir une feuille blanche. Correction ! Je vais faire rougir une page anémiée.

À l’horizon, je contemple ces filles nues qui dansent. Elles sont très belles ; je suis rouge de timidité. Elles s’approchent ! Horreur ! Je fuis vers la lumière blanche, je m’en approche rapidement, puis je tombe vers un paradis de femmes sublimes, de sources de miel et de lait de chèvre. Un bon mélange qui a, ma foi, un doux goût sucré. Pas d’hommes à l’horizon, tout est calme et serein : je suis apaisé. Il va falloir que je converse quand même avec la responsable de ce harem. Je suis trop jeune pour l’Éternel, mes très chères filles d’Ève.

J’opère donc un demi-tour et nage dans le miel et le lait de chèvre pour regagner le tunnel sombre. Je me dirige vers un trou noir peuplé de mâles armés de sarbacanes aux cibles verrouillées sur mon cœur. J’ai peur. Enfin, c’est le prix à payer pour me sortir du lait et du miel, qui sont signes de danger.

J’arrive aussitôt au bureau du responsable et lui fais part de mon mécontentement. Il m’envoie alors dans la chambre du pardon pour purger mes peines. Je ne comprends plus rien : où sont le nord, le sud, l’est et l’ouest dans ce bordel ? J’en perds ma situation d’origine. On me balade, de compartiment en compartiment, de lieu dangereux en lieu malsain, ou trop beau pour être réel. Je ne suis pas dupe, le sort en est jeté, « alea jacta est » : je suis mort…