Je fonctionne décidément à l’envers, le jour laisse place à un constat amer.
J’ai peur des autres, de la foule, du bruit, c’est horrible. Les odeurs du matin dans le RER, c’est vraiment un calvaire. Je pars donc travailler avec ma caisse et ça me dégoûte. La nuit cède son trône à une journée bordélique et ses embouteillages. Déjà 3 heures que j’ai mal au cul dans ma voiture en plein périphérique parisien. L’apaisement de ma dernière nuit n’est plus qu’un souvenir lointain.
Le jour me tue, la chaleur me tue, l’homme me tue, la nuit me protège, elle me détend, me recharge d’ondes positives.
Revenons à cette journée de merde où la chaleur règne en maîtresse. La canicule me brûle la tête et les esprits des grands boulevards parisiens s’échauffent. Je parque mon véhicule après dix plombes d’attente pour une hypothétique place. Je marche difficilement pour atteindre mon bureau. Il fait lourd et la climatisation est bien évidemment en panne. Je branche le ventilateur qui brasse de l’air chaud bouillant. J’en ai assez, je me casse de mon lieu de travail.
Évidemment, mon tas de fer a disparu, volé ou à la fourrière, je m’en fous et pense à la nuit prochaine.
Je me dirige vers une bouche de métro sexy au doux parfum d’égout où se chevauche une espèce en voie de pullulation. À la station Châtelet, c’est la guerre, un Parigot à la tête de veau s’est suicidé en se jetant sur une rame de métro. Ce n’est pas très malin. Les gamins sont complètement atteints psychologiquement par un vaut-rien démembré en dessous d’un train. Les rimes sont légitimes, il faut bien relativiser ce fait divers, mais pourquoi ce con ne s’est pas terminé chez lui avec un flingue ? Deux heures d’attente en plein four. Enfin, ce mort devait vraiment être au bout de sa vie d’étron. Connard !
Je m’échappe de l’instinct grégaire et décide de faire une partie de mon trajet à pied pour prendre un bus blindé. Entre le bruit et la moiteur, il faut vraiment avoir le cœur bien accroché. Des insultes, des cris, une bagarre qui éclate entre deux colosses, ça part en pugilat. Les poulets déboulent par chance pour évacuer le bus, c’est révolu, je vais rentrer en baskets chez moi.
À mon arrivée dans mon studio pourri, après de longues heures de marche pour me calmer, je prends une douche glacée et je m’allonge ensuite sur mon clic-clac en regardant un film de Yakusas. Je m’endors jusqu’au coucher du soleil.
Enfin vient la nuit, olé ! C’est le calme après la tempête.
Un bon dîner, seul, au restaurant chinois du coin, et pour la digestion une très grande balade nocturne. Je descends une artère parisienne où chaque nom de rue est un univers bien distinct. La rue de Belleville est magnifique pour qui sait la dévorer de nuit. Un délice gastronomique entre les juifs, les Asiatiques, les Arabes, où se mélangent des parfums sublimes et qui donnent faim.
Merde ! Une rixe ! C’est vraiment la poisse, 24 heures de bordel. Laissez-moi tranquille au moins la nuit, messieurs et mesdames ! Et puis vous faites chier, défoncez-vous la gueule. Je ne m’en mêlerai pas, les flics sont prévenus par un individu complètement ivre. Les bouteilles se cassent et les tessons se plantent dans les ventres, défigurent les visages, c’est un bain de sang.
Je continue mon trajet et j’arrive au centre de Paris près de Châtelet pour m’offrir une crêpe au jambon, fromage, œuf dans un resto où l’on parle plusieurs langues, et ce, jusqu’à 5 heures du matin.
Il est déjà 5h30 du matin, je prends le premier métro pour rentrer chez moi. Femmes de ménage, vigiles, ouvriers, et j’en passe, ont le courage de travailler très tôt pour une misère, quand d’autres se plaignent de bosser 8h par jour dans un bureau climatisé.
Je suis très raciste aux cons, que voulez-vous…
Je clôture ces quelques lignes de comptoir pour un repos bien mérité.
À suivre… Ou pas…

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