Un été bien triste sous les toits : j’ai vécu l’un des plus dévastateurs pour mon mental. 41 °C chez moi, avec un ventilateur industriel qui m’a permis de supporter cette température. Pourtant, avant cette période de canicule, je m’étais mis au vert pendant six mois. Terminés la malbouffe, les pizzas, kebabs, glaces et cocas en mode familial. Le sport était mon quotidien : musculation, cardio, vélo, arrêt du tabac… Bref, une remise en forme avec 5 kilos de gras en moins tous les mois. Je suis passé de 130 kilos à 99 kilos en une trentaine de semaines.

Puis vient la canicule, 41 °C. Il faisait plus chaud chez moi qu’à l’extérieur, ou du moins tout aussi chaud. Mon rythme de sportif s’est littéralement effondré, et quand je perds la cadence, je suis perdu : je m’enfonce à nouveau vers l’extrême opposé. Étant bipolaire, j’ai l’habitude des phases hautes et basses en montagnes russes, mais là, c’était d’une violence incroyable. Passer de 160 battements par minute en pleine ascension d’escalier en toute surpuissance (122 marches montées deux par deux, cinq fois de suite) à un arrêt complet de tout effort, cloué au lit par la fatigue causée par cette chaleur… Ça a complètement écrasé ma santé mentale.

J’étais heureux dans cette euphorie physique et psychique, cette montée d’adrénaline à chaque séance de sport. Passer du canapé à 12 heures d’entraînement minimum par semaine est un exploit qui redonne le moral, développe la confiance en soi, décuple la joie et la bonne humeur.

La descente fut brutale, la chute infernale, mais je suis encore debout. Aujourd’hui, je sombre à nouveau dans la surconsommation à outrance de nourriture et de tabac, mais j’ai toujours envie de m’accrocher à la vie — et ça, c’est nouveau. En principe, lors d’un déclin, je ne pense qu’à une chose : en terminer avec la souffrance psychique. Mais à ce jour, je fais front. Je m’arrache du lit pour le minimum vital : faire les courses, manger, voir mes amis et m’aérer un peu l’esprit. C’est déjà pas si mal.

Cet été a confirmé la règle : il y a autant de morts sans-abri dans la rue en cette période de l’année qu’en hiver. Avoir un toit, même en enfer, c’est moins d’exposition au soleil. On peut toujours prendre des douches, mettre un ventilateur, se rafraîchir… Mais à la rue, l’isolement est de rigueur et la mort s’ensuit, quelle que soit la saison.

Les personnes âgées seules dans leur fournaise d’appartement, on les plaint, puis on les pleure.

Les animaux ne sont pas épargnés, ils crient en silence. Pour la première fois, j’ai eu chez moi la visite d’un animal : un chaton assoiffé qui venait pleurer pour de la nourriture, de l’eau fraîche et un peu de réconfort.

Alors, je relativise un peu mes déboires. Je me dis que dans mon malheur, j’ai quand même de la chance : j’ai survécu.